Plongez dans Le Cygne, l’un des poèmes les plus magistraux de Charles Baudelaire (1821-1867). Dédié à Victor Hugo alors en exil, ce texte fondateur explore le thème de la mélancolie et des changements de Paris. Une œuvre où le souvenir devient plus lourd que des rochers.
Par Charles Baudelaire,
À Victor Hugo.
Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve, Pauvre et triste miroir où jadis resplendit L’immense majesté de vos douleurs de veuve, Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,
A fécondé soudain ma mémoire fertile, Comme je traversais le nouveau Carrousel. Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel) ;
Je ne vois qu’en esprit, tout ce camp de baraques, Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts, Les herbes, les gros blocs verdis par l’eau des flaques, Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.
Là s’étalait jadis une ménagerie ; Là je vis, un matin, à l’heure où sous les cieux Froids et clairs le travail s’éveille, où la voirie Pousse un sombre ouragan dans l’air silencieux,
Un cygne qui s’était évadé de sa cage, Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec, Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage. Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec
Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre, Et disait, le cœur plein de son beau lac natal : « Eau, quand donc pleuvras-tu ? Quand tonneras-tu, foudre ? » Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal,
Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide, Vers le ciel ironique et cruellement bleu, Sur son cou convulsif tendant sa tête avide, Comme s’il adressait des reproches à Dieu !
Paris change ! Mais rien dans ma mélancolie N’a bougé ! Palais neufs, échafaudages, blocs, Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie, Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.
Aussi devant ce Louvre une image m’opprime : Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous, Comme les exilés, ridicule et sublime, Et rongé d’un, désir sans trêve ! Et puis à vous,
Andromaque, des bras d’un grand époux tombée, Vil bétail, sous la main du superbe Pyrrhus, Auprès d’un tombeau vide en extase courbée ; Veuve d’Hector, hélas ! Et femme d’Hélénus !
Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique, Piétinant dans la boue, et cherchant, l’œil hagard, Les cocotiers absents de la superbe Afrique Derrière la muraille immense du brouillard ;
A quiconque a perdu ce qui ne se retrouve Jamais, jamais ! à ceux qui s’abreuvent de pleurs Et tètent la douleur comme une bonne louve ! Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !
Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor ! Je pense aux matelots oubliés dans une île, Aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encor
Le Paris qui change et l’exil intérieur
Dans cette analyse du poème Le Cygne, Baudelaire exprime son désarroi face à un Paris en pleine transformation sous Haussmann. Le vieux Paris n’est plus, et la forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mort.
Ce sentiment de perte et de métamorphose urbaine fait directement écho à ce que je ressentais dans mon Petit Guide de Compiègne. Tout comme Baudelaire contemple les ruines du nouveau Carrousel, nous cherchons nous aussi à retrouver les traces du passé sous le pavé moderne. Baudelaire ne s’adresse pas à Hugo par hasard : il salue un autre exilé, l’un de ceux qui, comme nous, tentent de fixer la mémoire par les mots.
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