Poème de Cécile Sauvage

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Forêt de Compiègne


La maison sur la montagne

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Notre maison est seule au creux de la montagne

Où le chant d’une source appelle des roseaux,

Où le bout de jardin plein de légumes gagne

La roche qui nous tient dans son âpre berceau.

Septembre laisse choir sur les molles argiles

La pomme aban­donnée aux pour­ceaux gras­souillets.

Nous avons dû poser des cailloux sur les tuiles ;

Car la bise souvent s’aiguise aux peupliers,

Le volet bat la nuit, le crochet de la porte

Danse dans son anneau. Nous avons peur et froid.

La mare des moutons réveille son eau morte

Et soudain un caillou bran­lant tombe du toit.

J’aime, sous mon poirier rongé de moisis­sures,

Des cham­pi­gnons serrés voir surgir le hameau,

Un petit dahlia me plaît par ses gaufrures,

Mes brebis ont le nez et les yeux du chameau.

Notre univers s’étend au gré de notre rêve,

Le silence est mouillé par la voix du torrent,

La lune de rondeur sort quand elle se lève

D’un nid de thym perché sur les monts décli­nants.

Assise dans le jour de la porte qui pose

Son reflet sur la cruche verte et le chau­dron,

Pour la pomme de terre au ventre dur et rose

Je couds des sacs. Je vois blondir le potiron.

Les pruneaux violets se rident sur leurs claies,

La salade du soir est dans le seau de bois

Et des corbeaux goulus qui frôlent les futaies

Font en se querel­lant tomber de vieilles noix.

C’est le temps où la feuille aux ramures déborde,

La montagne nourrit des herbes de senteur,

Notre chèvre s’ennuie et tire sur sa corde

Pour atteindre aux lavandes fines des hauteurs.

Le maître près d’ici laboure un champ de pierres ;

Je vais pour son retour tremper le pain durci,

Préparer à sa faim une assiette frui­tière

Et le verre où le vin palpite et s’assoupit.

Nous nous plai­sons de vivre à côté de l’espace ;

Un vol d’abeilles tourne avec des cris de fleurs,

La neige qui l’été reste dans les crevasses

Semble se déta­cher des nuages bougeurs.

Des guêpes au long corps tètent les sorbes mûres,Un torrent

La maison qui se hâle a des mousses au dos,

La cloche des béliers sonne nos heures pures.

Pour nous chauffer, sitôt que la lune a l’œil clos,

Le soleil comme un bœuf fume dans l’aube nue ;

Car sur nos pics le ciel de lin tiède est tendu

Et notre front obscur est touché par la nue

Lorsqu’elle vient dormir dans les chênes tordus.


Cécile SAUVAGE

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